Chaque printemps, la saison des déménagements m'apporte son lot de comtoises en détresse. Balancier tordu, verre du cadran fêlé, poids qui a chuté en cours de route et arraché la corde. Presque tous ces dégâts étaient évitables en dix minutes de préparation.
Trois pièces à sécuriser en priorité
1. Le balancier
Le balancier d'une comtoise est suspendu par une lame ressort — la « suspension à couteau ». C'est la pièce la plus fragile du mécanisme. La lame plie irrémédiablement dès qu'elle subit un choc latéral. Il faut la décrocher avant tout transport, sans exception.
On ouvre la porte de la caisse, on tient le balancier d'une main, on le soulève très légèrement pour libérer le crochet, et on l'extrait par la face avant. Une fois libéré, on l'enveloppe dans du papier bulle et on le range à plat dans une boîte.
2. Les poids
Les poids d'une comtoise pèsent entre trois et dix kilos chacun, parfois plus sur les grosses caisses. En cours de transport, ils balancent, cognent la caisse, arrachent leur corde, ou pire, cassent le cadran émaillé si la caisse est couchée.
On décroche chaque poids, on note lequel appartenait à la sonnerie et lequel au mouvement — les masses ne sont pas toujours identiques — et on les emballe séparément. Les cordes restent en place dans le mécanisme, mais on bloque leur tambour avec une bande de carton coincée entre les rouages, pour qu'elles ne se rembobinent pas en désordre.
3. Le cadran émaillé et la porte
Le cadran émaillé se raye au moindre frottement et se fêle sous les vibrations. On glisse une feuille de mousse fine entre le cadran et l'intérieur de la porte, et on ferme la porte avec un ruban adhésif de peintre — jamais du scotch fort, qui laisse une trace sur le bois.
Position de transport
Une comtoise se transporte debout, jamais couchée. Couchée, l'huile du mouvement migre hors des pivots, le rouage de sonnerie se déplace latéralement, et les cordes se croisent. Si la hauteur du véhicule ne permet pas le transport debout, la seule solution est de démonter le mouvement de la caisse et de transporter le mouvement séparément dans une caisse rigide.
Après le transport, avant la remise en route
On installe la caisse à l'aplomb parfait — un niveau à bulle sur le socle — parce qu'une comtoise n'aime pas les faux aplombs. On raccroche les poids, on rétablit le balancier, on lance doucement, et on écoute. Si le tic-tac est asymétrique dès les premiers battements, on rectifie l'aplomb latéral en glissant une cale sous la caisse. Une comtoise bien posée retrouve seule son rythme en quelques minutes.



